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Réenchanter la démocratie - Michel DINET
Entretiens avec Noël Bouttier
 
 

Réenchanter la Démocratie - Michel DinetRéenchanter la démocratie - Michel DINET

Entretiens avec Noël Bouttier

15 €
120 pages avec cahier photos en couleur
Sortie : octobre 2014
ISBN : 9782366090208

Extrait de l'ouvrage

Ce livre qui ne devait pas exister...

C'était devenu un rituel un mardi sur deux pendant l'hiver 2013-2014. Rendez-vous était donné à 9 heures à La Strasbourgeoise, une brasserie d'un autre siècle, située en face de la gare de l'Est. Il arrivait, le sourire aux lèvres, avec un « comment ça va ? » sonore. Dans un coin de la brasserie, toujours le même, nous nous installions pour une heure et demie d'entretien.

Il se racontait ou plutôt racontait l'histoire de ce petit pays d'irréductibles Lorrains qui, à partir de la décennie 70, avait construit le sursaut, la résurrection oserais-je dire, d'un pays en proie à la désertification autour de Vannes-le-Châtel, village du sud de la Meurthe-et-Moselle qui était devenu sa seconde patrie.

C'était l'un des rares élus locaux qu'il m'a été donné de rencontrer, capable de conter si merveilleusement l'âme d'un pays, de ses habitants. Les odeurs, les paysages, les mentalités collectives... il avait un vrai don pour les faire vivre. Il y avait du Fernand Braudel chez Michel Dinet, mais un Braudel qui aurait construit son savoir, non par l'absorption de tonnes d'archives, mais au fil des milliers de rencontres avec les « gens d'en-bas » et des centaines de projets construits avec et au milieu d'eux.

La sensibilité d'un conteur, volontiers espiègle, était palpable, tout comme la lucidité d'un stratège politique. Michel Dinet avait une vision qui portait loin, mais pas dans une obsession carriériste. Il fallait d'ailleurs l'entendre se moquer des « pisse-froid » qui avaient pris le pouvoir sur des politiques un peu falots qui avaient renoncé à « changer la vie ».

Changer la vie... le slogan du parti socialiste version 81 lui allait comme un gant. Mais pas un changement qui tomberait d'en haut, porté par cette élite, constituée autrefois de révolutionnaires exaltés, aujourd'hui de technos aux costumes tristes, pensant faire le bonheur des gens à leur place. Le bonheur, ces petits moments de grâce collective arrachés aux jours sans joie, il avait décidé d'en faire le dessein d'une vie tournée vers les autres. « Mon projet, c'est celui de l'émancipation », me répétait-il inlassablement. Ce mot que les républicains d'un siècle passé cultivaient (pour le meilleur et pour le pire) ne lui faisait pas peur. Emanciper, c'est donner à chacun, à partir des bancs de l'école jusqu'aux préaux citoyens en passant par le quotidien des combats associatifs, la possibilité de s'élever et de prendre son destin en main.

Entretien après entretien s'esquissait une trajectoire singulière d'un socialiste inclassable qui échappait à tout esprit de clan et de coterie. Un socialiste loyal qui résistait aux tentations de l'autosatisfaction et des slogans creux. Un socialiste généreux pour qui la réduction des inégalités n'était pas un chapitre de programme, mais l'exigence éthique suprême. Et un socialiste qui aimait tant ce mot fraternité qui a si souvent déserté notre République.
Du Pays de Colombey-les-Belles au conseil général, en passant par les travées parlementaires, il n'avait renoncé à rien, à aucun principe, à aucun rêve. Il ne se payait pas de citations piochées dans le Panthéon de la gauche. Il voulait rendre possible un chemin, une trajectoire sans jamais oublier que la marche connaît des obstacles, des découragements, voire des chutes...

Sa route à lui s'est brutalement arrêtée, une foutue nuit de mars, à la veille d'un scrutin qui fut celui de la Bérézina du socialisme municipal. Comme s'il avait  voulu, dans un signe cruel du destin, ne pas revivre le naufrage de la gauche, vingt ans plus tôt, qui le vit mordre la poussière, lui le « tombeur » du général Bigeard, et abandonner son mandat de député, le seul qui ne l'a pas vraiment rendu heureux.

Que faire alors de ces heures d'enregistrements, de cette expérience singulière dont aucun livre n'avait jusque-là rendu compte ? Pouvait-on se satisfaire d'un témoignage incomplet comportant tant d'oublis et d'imprécisions ? La ferveur populaire qui a entouré l'hommage public rendu au président Dinet, dans cette maison du département qu'il fréquentait depuis si longtemps, m'a ôté toute velléité d'abandon. Le vide qu'il laissait, aussi bien en Meurthe-et-Moselle, en Lorraine qu'à l'échelon national, eût été encore plus insupportable si ces moments d'échanges arrachés à l'infernal rythme politique n'avaient pas trouvé un débouché.
En accord avec la famille et les plus proches collaborateurs de Michel Dinet, il a été décidé de publier ce témoignage à l'état brut, sans souci d'exhaustivité. Pour mieux faire comprendre la singularité et la pertinence de ce parcours, le livre a été complété par l’interview de quelques proches : l'ancien ministre et syndicaliste lorrain Jacques Chérèque, le compagnon de (presque) tous les combats Denis Vallance, le successeur à la tête du Conseil général Mathieu Klein, le président de l'Assemblée des départements de France Claudy Lebreton, sans oublier le directeur de l'Odas, laboratoire des politiques sociales décentralisées, Jean-Louis Sanchez. Chacun, avec ses mots, sa personnalité, rend compte de qu'il a entrepris, appris au contact de ce « géant qui n'écrasait pas », pour reprendre une expression forte entendue lors de l'hommage public.

Avant de lui donner (enfin) la parole, je ne peux m'empêcher de livrer quelques réflexions personnelles. Rédiger ce livre, après cette disparition brutale, a constitué, par moments, une épreuve : peur de trahir des propos, frustration de ne pas avoir eu de réponses à certaines questions, tristesse de ne pas avoir mené le projet jusqu'à son terme... Mais elle n'a jamais effacé le plaisir, le privilège que j'ai eus à « cuisiner » Michel Dinet, un personnage que j'avais eu l'occasion de croiser à plusieurs reprises en Lorraine comme à Paris et qui, à chaque fois, m'avait donné une leçon d'engagement enthousiaste.
Le journaliste que je suis a eu le bonheur de croiser, depuis un quart de siècle, de multiples acteurs de l'histoire qui se construit. J'en ai oublié beaucoup, à la sincérité, à la personnalité ou à la profondeur de vues limitées ; d'autres sont restés gravés dans ma mémoire pour m'avoir passionné, intrigué, amusé (dans le bon sens du terme) ou ému... Michel Dinet m'a permis d'éprouver tous ces sentiments à un moment ou un autre lors de nos rencontres.
Je souhaite ardemment que ce témoignage, certes inachevé, d'un politique « modeste mais génial » donne de l'espérance et quelques idées revigorantes à ceux - et ils sont de plus en plus nombreux - que le débat démocratique désole trop souvent. 

Noël Bouttier
Mai 2014



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