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Les nanotechnologies, espoir, menace ou mirage ?
Yan de KERORGUEN
 
 

Les nanotechnologies, espoir, menace ou mirage ?Les nanotechnologies, espoir, menace ou mirage ?
Yan de KERORGUEN

160 pages
Prix : 15 €
Sortie : avril 2006
ISBN : 2-915752-14-1

Extraits de l'ouvrage

« Les nanotechnologies vont entraîner un changement de civilisation », n’hésite pas à affirmer, aux Etats-Unis, la National Science Foundation(NSF) . Jusqu’aujourd’hui, l’enjeu consiste à changer le monde par l’information. Demain, il s’agira de changer le monde par la matière. « L’ambition des nanotechnologies est de développer le même niveau de contrôle sur la matière que celui que nous avons sur l’information, en programmant la matière à une échelle minuscule », explique Scott Mize, président du Foresight Nanotech Institute. « Notre but dans les trente ans à venir est d’avoir un contrôle tel sur la génétique du système vivant qu’au lieu de planter un arbre, d’attendre qu’il grandisse pour l’abattre et d’en faire une table, on sera capable de faire pousser la table », n’hésite pas à soutenir Rodney Brooks, directeur du Laboratoire d’intelligence artificielle du MIT de Boston. 

Le préfixe « nano » est originaire de la langue grecque. Venant de nannos, qui veut dire nain, il est destiné à devenir un des préfixes les plus utilisés du xxi e siècle. Déjà, il est en train de supplanter des préfixes aussi prestigieux que neuro, cyber, micro ou astro. Chacun d’entre eux a marqué une « mode » scientifique. Concrètement, nano fait référence au milliardième de mètre. L’unité de mesure pour exprimer cette dimension infinitésimale s’appelle le nanomètre. Il est d'usage de l'écrire en abrégé « nm ». L’homme mesure 1,7 milliard de nanomètres en moyenne. Un objet de la taille d’un nanomètre est 500 000 fois plus fin que l'épaisseur du trait de stylo à bille, 30 000 fois plus fin que l’épaisseur d’un cheveu, 100 fois plus petit que la molécule d’ADN. Il correspond à quatre atomes de silicium mis l'un à côté de l'autre. La taille d’un atome est de l'ordre de 0,1 à 0,5 nm. Le rapport entre le diamètre de l’atome de magnésium et celui d’une balle de tennis équivaut au rapport entre le diamètre d’une balle de tennis et celui de la Terre. Dans l’épaisseur d’une feuille de papier, soit un dixième de millimètre d’épaisseur, il est possible d’entasser environ 400 000 atomes de métal.

1 000 milliards de dollars ! C’est, d’après la National Science Foundation, ce que représentera, d’ici 2012, le marché mondial des produits générés par les nanotechnologies. 57 % iront pour les technologies de l’information, 32 % pour les matériaux et 17 % pour les sciences du vivant. Des sources venant de l’industrie estiment que la valeur des produits commerciaux contenant des nanotechnologies atteindra 2 600 milliards de dollars d’ici 2014. Cela représenterait 15 % de la production totale, soit dix fois la valeur du marché des biotechnologies et l’équivalent du marché de l’informatique et des télécommunications. En 2001, le marché mondial était évalué à environ 40 milliards de dollars. Il serait aujourd’hui de 80 milliards. Il devrait connaître une croissance annuelle de 10 à 15 % selon les secteurs d’activités. Bill Joy, cofondateur de Sun Microsystems et inventeur du programme Java, estime pour sa part que la combinaison des technologies de l’information et de l’utilisation physique des nanotechnologies devrait produire au XXIè siècle une richesse de 1 million de milliards de dollars, soit cent fois l’économie des Etats-Unis.

Mais si les pays développés de l’OCDE se disent convaincus que les nanotechnologies contribueront à améliorer l’économie des pays en voie de développement, « ils sont moins enclins à souligner les conséquences négatives qui pourraient en résulter, principalement chez ceux dont les produits de base constituent la principale source de revenus », pense le groupe ETC. Autrement dit, les populations pauvres vivant dans les zones rurales. En réalité, d’après cette ONG canadienne, aucun de ces pays n’est vraiment préparé à appréhender les transformations induites par les nanotechnologies, ni prêt à supporter les « dérèglements socioéconomiques gigantesques » qui pourraient en découler. Certaines nanofibres dans le textile sont susceptibles de porter un coup fatal à la filière coton.

La recherche française possède plusieurs atouts, en particulier le bon niveau de ses scientifiques et la possibilité qui leur est offerte, grâce au statut de chercheur à vie, de prendre plus facilement que dans d’autres pays le risque d’explorer des pistes nouvelles et originales. La pluridisciplinarité scientifique des études (physique-chimie, maths et sciences de la vie) à la fin des études secondaires représente aussi un sérieux avantage, qui devrait trouver dans la convergence NBIC (neuro-bio-info-cognitif) une voie naturelle. Mais la recherche française a aussi des faiblesses.

Certaines grandes entreprises comme HP ou Intel, qui domine le marché des semi-conducteurs, ont d’ores et déjà annoncé leur intention de remplacer le silicium par des nanomatériaux de manière à accroître de manière exponentielle la puissance des ordinateurs.

HP prévoit d’utiliser des composants moléculaires dans les capteurs sensitifs d’ici à cinq ans. Freescale se sert des nanos pour ses écrans plats et ses petits terminaux communicants dans ses produits existants. Le groupe a présenté un modèle d’écran plat reposant sur la technologie des nanotubes de carbone.

La difficulté à organiser l’ingénierie de la recherche est l'un des principaux freins au développement de l’ingénierie à l’échelle atomique. Particulièrement dans l’Hexagone. A cela s’ajoute la difficulté à organiser le lien public-privé et le lien grand groupes-PME. En règle générale, les géants industriels qui ont les moyens d’investir dans la recherche et l’innovation n’ont pas encore commencé à structurer le marché. Le nombre de créations d’entreprises dans le secteur des nanotechnologies est loin de connaître le même succès que dans le domaine des biotechnologies. Le lien entre les entreprises et les laboratoires n’est pas assez étroit. Les start-up qui n’ont pas de moyens technologiques suffisants ont difficilement accès aux salles blanches. Ainsi, les technologies sont développées par des start-up qui survivent sur des marchés de niche ou qui meurent, mais qui sont rarement rachetées.

Il faudra encore du temps pour ressentir pleinement les effets des nano-objets. Leur banalisation est prévue pour 2015. Mais leur impact est déjà mesurable dans certains domaines. Si notre vie de tous les jours ne s’en ressent pas vraiment – et pour cause : le nanomètre est invisible –, les applications des nanotechnologies sont déjà là, parmi nous. Des centaines de produits les utilisant sont déjà sur le marché.

On rencontre des nanos dans les verres autonettoyants, les lunettes de soleil filtrantes, les déclencheurs d’airbag, les têtes d’imprimante à jet d’encre, ou encore dans les pneumatiques de voiture. Dans le pneu « vert » de Michelin, se trouve une petite quantité de nanoparticules de silice qui le rend plus résistant au roulement et moins sensible aux déformations. Depuis plus de vingt ans, les systèmes catalytiques de dépollution des moteurs diesel ont intégré des nanoparticules d’oxyde de cérium. Les nanotubes de carbone servent déjà à renforcer les raquettes de tennis, les balles de golf, les cadres de vélo.

De nombreuses études, plus ou moins sérieuses, pointent le caractère nocif des nouveaux matériaux développés. Dans l’immédiat, c’est le syndrome « amiante » qui inquiète les spécialistes. Ces derniers craignent par exemple que les effets des nanopoussières sur les poumons ne provoquent des maladies graves. On a noté chez les souris que les agrégats de nanotubes mêlés à des cellules provoquent une prolifération anormale de tissus fibreux dans les poumons. Des chercheurs de la NASA ont récemment observé que les poumons des rats dans lesquels on avait injecté des nanotubes de carbone déjà commercialisés étaient sérieusement endommagés.

D’allusions en références, on voit bien comment se tissent les liens de proximité entre science et fiction. Entre 1986 et 2002, la nanotechnologie apparaît dans environ 180 titres de SF anglophone. Les films, bandes dessinées et livres diffusant des images de nanorobots envahissant le corps humain pour le réparer ou pour le contrôler se répandent dans les années 1980-1990. Le cinéma a également apporté sa quote-part à la fascination nanotechnologique.

La supposée « magie » des nanotechnologies semble si prégnante que certains leur confèrent une puissance quasi mystique. Ainsi en est-il des « transhumanistes », une secte américaine qui veut améliorer les capacités humaines au-delà de la nature, grâce aux nanos. Ce mouvement tenterait d'infiltrer la communauté scientifique. Avec les transhumanistes, s’exprime le rêve des merveilles de la technologie, qui permet aux aveugles de recouvrer la vue, aux sourds d'entendre, aux paraplégiques de marcher.

Rêve pour les uns, cauchemar pour les autres ! On voit peu à peu s’affirmer deux postures militantes extrêmes. D’un côté les tenants d’une démocratie technicienne et performante, de l’autre les partisans d’« un catastrophisme éclairé »1. Dans le premier groupe, on trouve les « Wow », cri d’un citoyen américain admiratif, et dans l’autre, les « Yuck », cri d’angoisse de ce même citoyen.

La France reste à la traîne de l’information. Le débat n’en est encore qu’aux balbutiements. Alors que les Anglais débattent publiquement et que les Américains communiquent sur le sujet, le pays des Lumières a peur de ses vieux démons et préfère rester silencieux. Il faut dire que la science dans l’Hexagone n’est pas portée par la décision politique, qui s’en remet généralement à la compétence économique pour l’évaluation des grands sujets de la connaissance. Les politiques sont absents de ces chantiers et incapables de porter attention à la régulation et la gestion sociale des sciences. Et le monde économique n’est pas non plus pleinement sensibilisé à la connaissance scientifique. S’il n’existe pratiquement pas de docteurs en sciences dans les administrations françaises, il n’en existe pas non plus dans les états-majors de l’industrie et des services.

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1 - C’est le titre d’un ouvrage de Jean-Pierre Dupuy, paru en 2002.

 
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