Lignes de Repères Lignes de Repères Lignes de Repères Lignes de Repères
  Lignes de Repères
  Accueil   Lignes de Repères
  Lignes de Repères
Présentation Lignes de Repères
  Lignes de Repères
Catalogue Lignes de Repères
  Lignes de Repères
A paraître Lignes de Repères
  Lignes de Repères
News Lignes de Repères
  Lignes de Repères
Mises à jour Lignes de Repères
  Lignes de Repères
Dossiers thématiques Lignes de Repères
  Lignes de Repères
Evénements Lignes de Repères
  Lignes de Repères
Votre avis Lignes de Repères
  Lignes de Repères
Contacts Lignes de Repères
  Lignes de Repères
Partenaires Lignes de Repères
  Lignes de Repères
Crédits Lignes de Repères

 

Lignes de Repères
 

 
 

 
Des écologistes en politique
Erwan LECOEUR
 
 

Des écologistes en politique - Erwan LecoeurDes écologistes en politique
Erwan LECOEUR

Avec la participation de José Bové, Cécile Duflot,
Daniel Cohn-Bendit et Corinne Lepage

300 pages
18 € TTC
sortie prévue en librairie : 25 mars 2011
ISBN : 978-2-915752-61-8

Extraits de l'ouvrage

PRÉFACE – « Après de nombreuses années d’étude et plusieurs ouvrages publiés sur la question de l’extrême droite et du Front national, c’est à l’autre parti qu’on désigne parfois comme “émergent” dans le champ politique qu’il parait évident de s’attacher désormais. (…)
On ne travaille jamais impunément sur un sujet aussi complexe que l’émergence d’une idée et de ses formes. Max Weber parlait de la nécessité de « dénouer les fils de nos démons », qu’ils nous hantent ou nous portent vers l’espoir. L’extrême droite hante les imaginaires. L’écologie serait plutôt du côté de l’espoir, parfois décevant, mais nécessaire. »

« L’histoire de l’écologie passe par plusieurs phases, de sa naissance en tant que discipline à usage scientifique à son engagement dans le combat naturaliste, puis son passage dans une sphère de mouvements critique de la société productiviste et matérialiste, avant de tenter l’aventure politique et électorale. Ces âges de l’écologie ne sont pas exclusifs les uns des autres, ils coexistent et se mêlent au fil des soubresauts que cette discipline scientifique, activité, puis revendication, qui apparaissent et s’enrichissent mutuellement. En réalité, c’est bien sur deux pieds, ou la rencontre de deux piliers principaux, que l’écologie construit son entrée dans le champ politique : l’écologie “scientifique” et l’écologie “sociétale”. »

« Au sortir de la participation gouvernementale, le “choc” du 21 avril 2002 marque la fin de l’élan des écologistes vers ce que certains estimaient pouvoir être la conquête du pouvoir. Auréolé d’un score inédit pour un candidat écologiste à une présidentielle (5,25 %) Noël Mamère n’en profite pas ; dès 20h, il appelle à défiler contre la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour. Le pari des écologistes tenait à la poursuite – voire l’approfondissement, dans de meilleures conditions – de la “majorité plurielle” mise en place avec le PS en 1997. Non seulement cette stratégie s’effondre avec l’élimination de Lionel Jospin au premier tour, mais pire encore, Noël Mamère fera partie des candidats accusés d’avoir divisé la gauche, affaibli Lionel Jospin (avec Jean-Pierre Chevènement, ou Christiane Taubira, notamment) et poussé à ce résultat désastreux. Preuve supplémentaire, s’il en était besoin, que l’écologie est encore perçue assez généralement comme un “supplément d’âme” non obligatoire, à peine nécessaire, aux yeux de beaucoup d’acteurs et de commentateurs politiques. »

« On ne nait pas écologiste, on le devient… Soit, mais suivant quel parcours, à partir de quelles expériences et pour quelles raisons ? Et puis, devenir “écologiste” n’implique pas de faire de la politique, loin s’en faut. Ils sont nombreux à s’en tenir éloignés, pour des raisons diverses. D’autres ont passé le pas, depuis des années ou récemment. Et c’est donc à eux qu’il convenait de poser la question.
Alors, qu’est-ce ce qui a fait que Daniel Cohn-Bendit, qui avait déjà une carrière d’agitateur, de multiples activités et possibilités de s’exprimer sur à peu près tous les sujets, s’est inscrit chez les Grünen, au début des années 80, avant de devenir adjoint au maire de Francfort et député européen ? Pourquoi Corinne Lepage, avocate reconnue et environnementaliste convaincue s’est présentée à 27 ans sur une liste de Paris écologie, avant de rejoindre Brice Lalonde pour fonder Génération écologie, en 1990, devenir ministre et créer son mouvement politique ? Et José Bové, le leader syndical, qu’avait-il besoin de se lancer dans l’aventure de la présidentielle en 2007, lui qui avait battu les estrades et attiré les médias sur sa posture de paysan du Larzac depuis des années ? Quant à Cécile Duflot, issue d’une autre génération dont on dit qu’elle est rétive à toute forme d’engagement, pourquoi a-t-elle rejoint Les Verts à l’approche de la trentaine, à l’époque où le parti se déchirait sur les cendres de la gauche plurielle ?... »

« Le réformisme et la radicalité dont se veulent porteurs les écologistes se négocient, à l’entrée dans le champ partisan, sous la forme d’un refus du jeu politique tel qu’il se présente à eux. Non seulement les écologistes veulent faire de la politique « ailleurs » que dans le clivage droite – gauche, mais en plus ils se réclament d’une façon d’en faire « autrement »… Non cumul des mandats, parité, fédéralisme et respect de la proportionnelle font partie des principes érigés dès les débuts, même s’ils ne sont appliqués qu’au fur et à mesure (en interne) et parfois démentis dans les faits (en externe).
L’écologie voudrait échapper à la logique traditionnelle de la politique et tenter d’en réinventer certains positionnements et certaines pratiques. En cela, elle doit aussi convaincre qu’elle n’est pas un simple “supplément d’âme”, sous-traitant de l’enjeu environnemental auprès des autres acteurs politiques, mais bien une “vision du monde”, capable de proposer une nouvelle forme d’organisation sociale, des approches originales, parfois aux antipodes de celles d’une gauche et d’une droite issues du marxisme ou du libéralisme. Ce hiatus entre cette posture et la façon dont elle peut être perçue se ressent dans la façon dont l’électorat appréhende ces nouveaux venus en politique. Pour espérer remporter des victoires, les écologistes peuvent compter sur les circonstances et la fin des appartenances figées qui fixaient une partie de l’électorat, mais pas forcément sur un électorat constitué, et encore moins “durable” ou fidèle. »

« Une idée ne prend place dans une société que parce qu’elle est diffusée par de multiples acteurs, politiques, mais aussi sociaux, économiques, médiatiques, par le biais de revues mais aussi de réseaux affinitaires (cercles d’amis, famille, clubs, etc.) Le petit monde de la politique n’est qu’une partie émergée de l’iceberg. À l’heure d’une omniprésence médiatique, les informations qui composent la lecture du monde de chaque citoyen-ne sont une mosaïque dans laquelle il est de plus en plus difficile de donner sens. Et aucun discours électoral, si intéressant soit-il, ne peut espérer apporter cela à lui seul. Il faut, à toute force politique, une aura plus large que la seule compétition politique. Il faut, à toute idée nouvelle, une capacité à créer bien plus qu’un programme, un “imaginaire”.
Le succès d’Europe Écologie engage une responsabilité nouvelle à ce titre. Il ne suffit pas de le constater, mais de prendre la mesure du changement d’échelle que cette opportunité pourrait ouvrir pour les écologistes : moins en termes de circonscriptions réservées, de scores honorables et de mandats qu’en termes de postes de responsabilité et de lieux à constituer, où pourrait s’inventer les prémisses de la société de demain que les écologistes appelaient de leurs vœux, lorsqu’ils ont commencé à faire de la politique. »

« Partout en Europe, les deux mouvements challengers de ces vingt dernières années prennent en importance, au fil des scrutins. Les destins de l’extrême droite (ou droite nationaliste et populiste) et des écologistes semblent en effet étrangement reliés, comme arrimés chacun à leur façon à la déliquescence des systèmes politiques incarnés par les grands partis traditionnels de gauche (sociaux démocrates) et de droite (démocratie chrétienne, conservateurs). Entre les deux forces émergentes, une lutte semble se dérouler pour prendre la place des anciens courants de pensée (Libéralisme et Socialisme), une lutte qui se joue sur un plan politique mais aussi en termes d’influence sociale et d’imaginaire culturel. (…)
Complexité contre “idées simples”, vision globale contre repli sur soi, prise en compte de la nature contre naturalisation du social… L’écologie et le néo-populisme (1) seraient ainsi les deux candidats principaux pour remplacer le système politique issu du XIXe siècle. »

« Derrière la façade du Rassemblement, il reste quelques vieilles manies, des habitudes et des histoires qui ne s’effacent pas d’un trait de plume, ou sous le coup de quelques victoires dans les urnes. Europe Écologie – Les Verts (EELV) a su capitaliser sur l’élan de la campagne des européennes, poursuivre lors des régionales, avant d’entamer la mue du vieux parti Vert. À y regarder de près, derrière les discours et les embrassades, EELV apparaît plus comme un compromis entre Verts et Europe Écologie que comme une nouvelle donne ; ce copier-coller qui aboutit au 13 novembre 2010, en évitant de trancher et d’inventer, n’a pas révolutionné le forme “parti”, ni la façon de faire de la politique. Il faudra encore un effort… »

« Une candidature “écologiste” serait donc nécessaire et plus que jamais justifiée, pour présenter au public les idées et les points de programme de cette famille politique en profitant de ce moment exceptionnel que constitue une campagne présidentielle ? Pourtant, l’histoire a montré que cette élection est porteuse de bien des dangers et déceptions pour la famille écolo : campagnes délétères en interne et guerre d’egos (1981), incapacité à départager les candidat-es (2001 et 2006) et faibles scores à l’issue… La seule réussite en suffrages (5,2 %) fut celle du 21 avril 2002 ! Si l’on ajoute à l’édition 2012 le mélange des genres prévisible avec l’entrée en scène d’un Nicolas Hulot (qui semble plus décidé que jamais) face à Eva Joly ; le duo de nouveaux-venus en politique pourrait s’avérer moins “sympathique” qu’il n’y paraît, au regard de l’enjeu. » (…)

« Quelle que soit l’issue des discussions en cours sur le “ticket” gagnant, les dates de la désignation, les concurrents potentiels, beaucoup se jouera aussi lors du Congrès d’EELV, en mai 2011 et dans les mois qui suivront. En fonction des rapports de force et de leur expression plus ou moins antagonistes (qui pourraient rappeler un retour aux travers des Verts), mais aussi de la capacité des diverses sensibilités à gérer la désignation des candidat-es aux législatives (et les négociations avec le PS) dépendra l’ambiance qui présidera à la désignation prévue à l’été. Eva Joly, Yves Cochet, Nicolas Hulot ?... Ou une autre hypothèse, encore ? »

(CONCLUSION) –
« Pour les écologistes, le succès d’Europe Écologie fait naître un espoir et des responsabilités nouvelles. L’agenda est chargé et le chemin s’annonce parsemé d’embûches. Il faudrait pouvoir assurer - dans un même élan - l’éclosion d’un imaginaire capable de permettre l’accession de l’écologie au statut d’idéologie et le développement des lieux de diffusion des idées et pratiques orientées vers la transition prônée par la vision écologique pour le XXIe siècle.
L’écologie n’a que quarante ans. Ce siècle n’a qu’une décennie. Il n’est peut-être pas trop tard. Mais il y a urgence, ici aussi. »


---------------
1- Sur l’usage de ce terme, cf. E. Lecoeur : Un néopopulisme à la française. Trente ans de Front national. La Découverte, 2003.


Retour catalogue >>>