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Biodiversité, l'heure de la reconquête.
Marguerite CULOT-HORTH, Jean-Paul CHANTEGUET
 
 

Biodiversité, l'heure de la reconquête Biodiversité, l'heure de la reconquête.

Marguerite CULOT-HORTH, Jean-Paul CHANTEGUET

100 pages, 12€ TTC
En librairie octobre 2013
ISBN : 978-2-36609-002-4


Extrait de l'ouvrage

INTRODUCTION

Nul n’ignore aujourd’hui les enjeux du changement. La réduction des émissions de gaz à effet de serre et le combat contre l’augmentation des températures à la surface du globe font l’objet, depuis quelques années déjà, de discussions au plus niveau. Pourtant, l’érosion de la biodiversité, véritable « tissu vivant de la planète (1) » dont toute l’humanité fait partie et dépend, ne bénéficie pas encore d’une telle mobilisation.
Les conclusions du troisième rapport du secrétariat de la Convention sur la diversité biologique (CDB) sur les perspectives mondiales de la biodiversité (Global Biodiversity Outlook 3 (2)), rendu public en mai 2010, ne sont pourtant guère rassurantes. Les systèmes naturels sur lesquels repose le développement économique et humain de nos sociétés continuent en effet de se dégrader à une vitesse jamais observée auparavant. L’empreinte écologique humaine (pollution, bouleversement du climat, surexploitation des ressources naturelles) a en effet plus que doublé depuis 1996, érodant au jour le jour la capacité du vivant à évoluer et détruisant, en corollaire, les services écosystémiques dont nous dépendons tous. La communauté internationale a ainsi échoué dans l’atteinte de l’objectif qu’elle s’était fixé : réduire de manière significative le taux de perte de biodiversité d’ici à 2010, Année internationale de la biodiversité.
L’extinction des espèces est certes un phénomène normal : la planète a connu depuis sa naissance plusieurs crises de la biodiversité (cinq exactement, la disparition des dinosaures lors de la transition crétacé-tertiaire étant la plus connue). Mais la crise actuelle se distingue des précédentes par son rythme effréné, le taux d’extinction étant estimé jusqu’à mille fois plus élevé que le taux historique connu à ce jour.
Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) (3), sur 61 900 espèces surveillées (4), 800 sont déclarées éteintes, dont le rhinocéros noir, 4 000 sont en danger critique de disparition et près de 6 000 sont en péril, parmi lesquelles certaines plantes médicinales. 21 % des mammifères connus, 30 % des amphibiens, 12 % des oiseaux, 28 % des reptiles, mais aussi 37 % des poissons d’eau douce, 70 % des invertébrés répertoriés à ce jour, 30 % des récifs coralliens et 15 % des espèces d’arbres sont menacés d’extinction (5).
Les experts s’accordent à dire qu’au moins 50 % des espèces connues pourraient avoir disparu à la fin du siècle – et que dire des espèces non connues ? Or, déjà 75 % de la diversité génétique des plantes agricoles n’existent plus, 30 % des réserves halieutiques sont anéanties et 7,3 millions d’hectares de couverture forestière biodiverse sont détruits chaque année.

Pourtant, la biodiversité offre aux sociétés humaines une quantité de bienfaits auxquels on ne songe pas nécessairement. Appelés services écologiques ou écosystémiques, ce sont les bénéfices que les hommes peuvent tirer, directement ou indirectement, des écosystèmes pour assurer leur « bien-être », c’est-à-dire satisfaire à leurs besoins (photosynthèse, cycles de l’eau et de l’azote, pollinisation, qualité de l’air, purification de l’eau, régulation des maladies, alimentation, pharmacopée, sports, écotourisme, etc.). Ce concept de « service écosystémique », forgé dans les années 1980-1990, est la résultante du changement de perspective dans lequel s’inscrit cet essai. Il impose l’idée que la biodiversité n’est pas un simple catalogue d’espèces ou de gènes, mais un réseau d’espèces en interaction dont le fonctionnement et la structure importent autant que la seule composition, et qui nous assurent biens et services (6).
Selon une étude du Programme des Nations unies pour l’environnement, 40 % de l’économie mondiale reposerait sur les produits et les processus écologiques. L’économiste américain Robert Costanza, du Gund Institute for Ecological Economics, estimait en 1997 – soit il y a déjà presque quinze ans ! – que la valeur des écosystèmes était de 33 000 milliards de dollars (contre 18 000 milliards de dollars pour le PIB mondial aujourd’hui) (7). 80 % des besoins des populations pauvres sont couverts par des ressources biologiques. Si nous n’agissons pas, la dégradation de la biodiversité coûtera près de 7 % du PIB mondial à l’horizon 2050.
Les quelques chiffres que nous venons d’énoncer doivent nous interpeller et nous faire réagir. Nous ne pouvons continuer de détruire la biodiversité et faire disparaître les précieux services qu’elle nous rend.

La question de la diversité biologique s’est ménagé une place depuis plus de trente ans parmi les sujets abordés par la communauté internationale. En juin 1992, le Sommet de la Terre à Rio de Janeiro a marqué un tournant décisif dans la prise en compte sur la scène mondiale des questions liées à la perte de la diversité du monde vivant. Avec la Convention sur la diversité biologique (CDB) signée lors de ce sommet, tous les pays ont décidé de faire de la protection et de la restauration de la diversité du vivant, considérée comme une des ressources vitales du développement durable (8), une priorité.
Plus de vingt ans se sont écoulés depuis le Sommet de la Terre de Rio et cet engagement commun ne s’est malheureusement pas traduit en actes. Les enjeux environnementaux n’ont jamais été aussi clairs, or la biodiversité et les services écologiques qu’elle offre continuent de se dégrader à une vitesse jamais observée (9). Cet échec a été reconnu lors de la 10e Conférence des Parties (COP) de la CDB organisée à Nagoya à l’automne 2010, qui a fixé de nouveaux objectifs aux États membres visant à enrayer l’érosion de la biodiversité. La 11e COP de Hyderabad en octobre 2012 a relayé l’urgence d’agir contre cette « crise silencieuse (10) ».
Ces nouveaux engagements seront-ils tenus ? La crise économique, financière, sociale et politique actuelle n’augure rien de réjouissant pour la biodiversité. Toutefois, enracinée dans le modèle de développement occidental caractérisé par la surconsommation, la prédation des ressources naturelles des pays du Sud, l’augmentation des inégalités sociales et encore la spéculation irresponsable sur les matières premières, elle représente pour nos sociétés une opportunité de s’engager dans une direction plus durable.
Outre la nécessité de conserver la biodiversité pour ce qu’elle est et nous apporte, il semble urgent aujourd’hui de repenser notre rapport à la nature de manière globale et, surtout, de réinventer nos modes de production et de consommation, de redonner du sens à la vie politique en la reconnectant au monde du vivant.

Cet essai vise à nous rappeler que l’être humain doit reconquérir la biodiversité pour vivre mieux, c’est-à-dire non pas se contenter de préserver l’existant, mais agir pour assurer le plus de biodiversité possible afin de continuer à prospérer.
La perte de biodiversité a des conséquences sur notre alimentation ou notre santé, mais aussi sur le climat. Elle aggrave l’effet de serre et accélère la désertification de la planète. Elle est, par le biais des services écologiques qu’elle rend, intrinsèquement liée au changement climatique. Elle accentue en effet notre fragilité face au changement, réduisant de fait la capacité d’adaptation du monde vivant sur lequel la société humaine s’est appuyée pour se développer (11).
Ce défi, bien moins présent à l’esprit de l’opinion que le changement climatique ou la crise énergétique, a pourtant tout autant d’importance pour notre société, et doit faire l’objet de politiques ambitieuses permettant de sensibiliser la population aux enjeux de sa protection et de stopper son érosion.
Après avoir rappelé pourquoi il faut agir pour la biodiversité (chapitre 1) et s’être demandé quelle biodiversité nous voulons (chapitre 2), l’essai définit le rôle des différents acteurs économiques et institutionnels de la biodiversité, en insistant sur la nécessité de rassembler l’ensemble des citoyens à leurs côtés autour d’un projet collectif enthousiasmant et dynamique (chapitre 3). Enfin, la question des outils et des instruments permettant d’atteindre les objectifs d’une politique ambitieuse de conservation et de reconquête de la biodiversité fait l’objet du chapitre 4.

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1 - Robert Barbault, Des baleines, des bactéries et des hommes, Paris, Odile Jacob, 1994.
2 - Ce rapport s’appuie sur quelque 120 rapports nationaux présentés par les Parties à la Convention sur la diversité biologique.
3 - L’UICN établit chaque année une liste rouge, retenue par la Convention sur la diversité biologique comme un indicateur privilégié pour suivre l’état de la biodiversité dans le monde.
4 - Une étude publiée en 2011 indique que 8,7 millions de familles de créatures végétales ou animales peuplent la planète, ce qui signifie que moins de 1 % sont surveillées.
5 - Aujourd’hui, 1,5 million à 1,8 million d’espèces ont été répertoriées au sein de la biosphère. Les estimations du nombre véritable d’espèces vivantes vont de 3,6 millions à plus de 100 millions. Beaucoup d’espèces animales et végétales risquent de disparaître avant même que nous ayons pu les décrire et, éventuellement, les exploiter à des fins énergétiques, biologiques ou thérapeutiques.
6 - Robert Costanza et al., “The Value of the World’s Ecosystem Services and Natural Capital”, Nature, 387, 1997.
7 - www.uicn.fr/IMG/pdf/Brochure_Panorama_des_services-vol1.pdf
8 - La France a ratifié cette convention en 1994.
9 - Le taux d’extinction des espèces causée par l’homme (anthropogénique) est mille fois plus élevé que le taux d’extinction « naturel » habituel dans l’histoire de la planète.
10 - Stavros Dimas, commissaire européen à l’environnement à la COP de la CDB à Bonn, en mai 2008.
11 - Selon la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), environ 20 à 30 % des espèces de plantes et d’animaux seront exposés à un risque plus élevé d’extinction à cause du réchauffement climatique. Conséquence : une partie significative des espèces endémiques pourrait disparaître d’ici à 2050 (The State of the World’s Land and Water Resources for Food and Agriculture, rapport présenté en marge des négociations climatiques internationale à Durban en décembre 2011).

 

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